En avril 2008, Alain a accordé à l'équipe du site une interview exclusive sur le thème du cinéma.

  • Envisages-tu un clip comme un film ?

Moi, j’ai un peu l’impression qu’un clip est un exercice tout à fait particulier, dont l’objet est un outil de marketing, qui, a priori, est là pour illustrer une chanson. C’est plus quelque chose qui a un rapport avec la publicité qu’avec le cinéma.
Beaucoup de gens se sont essayés à travers les clips à travailler leurs propres techniques. La plupart des réalisateurs passent par le clip pour se confronter à l’exercice de la technique et à l’équipe. Un tournage de clip passe par une obligation d’équipe qui est très proche d’une équipe de cinéma, même si elle est un peu réduite. Alors, les gens ont trois minutes pour essayer d’illustrer une chanson, en fonction des moyens qu’on leur donne, car les moyens sont un des aspects déterminants pour savoir ce que l’on va pouvoir faire dans ce clip. Mais à mon avis, c’est vraiment quelque chose qui ne permet pas de développer des caractères, d’installer des personnages, ni même des ambiances. Même les clips de Myléne Farmer, dans lesquels ils ont essayé d’approcher une mise en scène, de la figuration, des costumes, etc…ça se veut cinématographique mais ils restent des clips, malgré qu’ils soient impressionnants par leurs moyens.
Pour moi le cinéma, c’est quelque chose de différent, qui ne s’appuie pas sur une idée de chanson mais sur un temps qui est beaucoup plus long et qui permet des rebondissements parce que c’est une histoire. Une chanson c’est un tout petit moment de vie, comme peut l’être un petit court-métrage. Un clip ça se rapproche plus d’un petit court-métrage, mais, à mon avis, c’est encore autre chose.

  • Qu’est ce qui t’a intéressé dans les deux courts-métrages que tu viens de tourner ?

Ce qui était intéressant c’était de répondre à des gens qui m’ont choisi comme acteur, dans la mesure où je ne me sens pas acteur. Je n’ai pas du tout travaillé l’art dramatique, pas pris de cours au cours Florent… Je joue uniquement par rapport à un ressenti… comme ça… qui ne fait appel à aucune technique. Je pense que je serais relativement limité pour pouvoir incarner des rôles qui seraient trop éloignés de moi.
Pour les deux courts-métrages j’avais au moins l’avantage d’être choisi par des réalisateurs et donc ça m’amusait de me retrouver dans une équipe, quelques jours, et de jouer des sujets assez différents…mais je n’avais pas grand-chose à faire. Il n’y avait pas trop de risques, c’est ce que j’ai regretté à l’arrivée. C’était des petits rôles qui ne demandaient pas vraiment de performance particulière, c’était agréable à faire. Ça m’a plu d’être dans une équipe, parce que, quand on est dans le domaine de la chanson, on est souvent seul chez soi, à devoir trouver du plaisir à ce qu’on fait, à se renouveler, alors que dans une équipe, on est porté par la dynamique des uns et des autres, et c’est un sentiment qui est agréable. Les gens avaient l’air content, donc ça me rassurait sur mes possibilités. J’aimerais bien pouvoir continuer un peu, mais seulement si ça vient d’une demande d’un réalisateur ou d’une réalisatrice, qui est inspiré (e) par mon caractère et qui pense pouvoir m’utiliser pour d’autres contre-emplois… Un peu comme dans Chang Juan, mais il faudrait que ce soit un peu plus développé comme type de personnalité.

  • Que retiens-tu de cette expérience d’acteur ?

L’expérience de ces deux courts-métrages a été intéressante pour plusieurs raisons. La première est que ce sont des réalisateurs qui sont venus à ma rencontre et qui ont proposé des rôles, qu’ils estimaient que j’étais capable de défendre. C’était de petites expériences. J’avais également participé à deux petits téléfilms qui étaient tournés par des copains et où ils m’avaient demandé une participation. C’est bien quand on se sent désiré, parce que ça met en confiance, tout simplement. Et, les gens connaissent nos limites et savent jusqu’où on peut aller. Voilà…je pense que c’est se mettre dans un exercice un peu différent. C’est différent de la scène, de l’enregistrement…c’est quelque chose d’un peu complémentaire et ça donne envie d’aller un peu plus loin…Et après on verra bien. Je n’irai pas au devant si ce n’est pas les gens qui viennent vers moi. Moi, je n’irai pas m’inscrire à des castings, ni m’inscrire chez un agent pour qu’il me propose….Non, je crois que si des réalisateurs pensent à moi, ça me fera plaisir, s’ils ne viennent pas vers moi ce n’est pas moi qui irais vers eux.

  • Dans Corrida, tu joues un personnage qui a du mal à exprimer ce qu'il éprouve et dans Chang Juan, le personnage doit contenir ses sentiments, un hasard? Est ce que ces personnages te ressemblent quelque part?

C’est peut être plus simple de retenir ses sentiments, plutôt que de les exprimer très fort, en tous les cas, dans le cadre d’un jeu d’acteur. Maintenant, si on me demande de faire autre chose, ça me permettra de savoir si j’en suis capable.
C’est difficile de voir si ça a un rapport avec ma vraie personnalité…ou pas. Là j’ai répondu aux demandes des réalisateurs. Dans Corrida, tout de même, il y a une scène ou deux, à la fin notamment, où le type est un peu quand même, dans l’expression de ce qu’il ressent, ce n’est pas un homme, non plus, totalement retenu. Mais ce sont des personnages qui, certainement, effectivement, me ressemblent quelque part. Mais dans Chang Juan, est ce que ça me ressemble…je ne sais pas…ça ne m’est jamais arrivé d’aller fracasser un type comme ça, lui briser le bras et de tuer quelqu’un (rires). Peut être que c’est…comment dire…un fantasme… Non…même pas ! Ce n’est pas vraiment moi, je ne me retrouve pas dedans !

  • Quel est le lien que tu entretiens avec le cinéma en général ?

J’ai une relation un peu particulière avec le cinéma, dans la mesure où c’est un art qui m’a vraiment beaucoup plu quand je l’ai découvert. Quand j’étais enfant, notamment, j’allais au cinéma avec mes parents et on allait aussi quelquefois à la gare Saint Lazare. Il y avait une petite salle qui s’appelait Cinéa, qui était en activité quasiment 24 h/ 24…enfin tout le temps où la gare était ouverte. Ce petit cinéma était ouvert aussi et quand on avait un train à attendre, parce qu’on arrivait trop tôt, on allait voir des projections de films…Enfin..donc, que ce soit enfant, avec mes parents, et puis après en étant adolescent, et puis encore après toutes les années 70, je crois que j’ai découvert le cinéma d’une manière générale je dirais, c'est-à-dire que je suis allé à la découverte du cinéma des années que je n’avais pas connues, qui étaient avant ma naissance : le cinéma noir, français, Duvivier, Renoir..enfin tous ces gens là. Je me suis intéressé au cinéma noir américain aussi, d’avant guerre, et puis évidemment au cinéma d’actualité des époques auxquelles je vivais. Et j’allais assez régulièrement au cinéma... j’y allais quasiment toutes les semaines, voir à peu prés tout ce qui sortait. Et puis, il y a des gens qui m’ont marqué plus que d’autres effectivement. Le cinéma m’apprenait des choses, me dérangeait. J’aimais bien toutes les formes de cinéma qui bousculaient un petit peu les conventions, qui étaient un peu….je ne vais pas dire révolutionnaires…mais qui contribuaient à faire avancer la société. Je crois qu’il y a une époque où le cinéma avait un peu ce rôle là. Maintenant, je trouve qu’il est beaucoup plus au service de la rentabilité et de l’industrie elle-même. Donc, pour aller voir des films qui continuent un peu dans la veine de ce que j’exprimais, ça devient moins évident, c’est moins facile parce que je pense que l’industrie du cinéma le permet moins, parce que la télévision intervient en tant que producteur et que la plupart des films qui sortent sont des films qui sont destinés à être diffusés ultérieurement sur les chaînes de télévision. C’est donc ce qui motive le choix des producteurs avant tout et c’est la raison pour laquelle je me suis un peu désintéressé du cinéma, que j’y suis beaucoup moins allé la dernière décennie ou même les deux dernières décennies.

  • Concernant les acteurs, quels sont ceux qui te touchent ?

Alors, le type d’acteur auquel je suis sensible, c’est effectivement un jeu qui n’est pas dans la grande maîtrise des studios américains, mais qui touche quelque chose de plus imprévisible. Je trouve que bien souvent, les caractères anglais incarnent davantage un type de jeu auquel je suis sensible, tandis que les acteurs américains...même s’ils sont bons et efficaces…quelquefois d’ailleurs très très bons,….je suis moins réceptif à ce type de formation d’acteurs : Lee Strasberg, Actors Studio, etc…Ce n’est pas le genre de jeu qui me touche.
Les acteurs dont je parlais tout à l’heure, c’était des types comme Dirk Bogarde et Anthony Hopkins, par exemple, qui sont assez représentatifs de ce jeu de gens qui gardent toujours une surprise...constamment dans la cassure de rythme, dans les regards…qui gardent toujours quelque chose de caché et quelque chose qu’on doit nous même interpréter et aller chercher mais qu’ils ne révèlent pas. Il y a toujours une possibilité de ressentir les choses en fonction de notre propre regard…et du regard qu’on va projeter sur eux. Ce n’est pas tout mâché, ce ne sont pas des gens qui sont complètements entiers, il y a toujours une part qui reste mystérieuse et c’est ce qui me paraît le plus intéressant dans ce qu’un acteur pourrait produire.

  • Un rôle comique t’intéresserait il ?

Les rôles comiques qui me plaisent…Ce sont les gens qui sont presque drôles à leur insu…enfin…qui jouent ça. Je n’aime pas les gros comiques affirmés : « attention, je vais vous faire rire ». J’aime bien quand ce sont des gens qui se retrouvent un petit peu dans des situations et qui sont mal à l’aise. J’aime bien Jacques Tati, Peter Sellers, ou ce type qui a beaucoup inspiré Alain Chabat et Les Nuls, qui jouait dans tout la série… je ne me souviens plus du nom de cet acteur (Leslie Nielsen). Enfin…des gens qui ont l’impression de bien faire. J’aime bien les gens qui sont ridicules malgré eux. J’aimerais bien faire un rôle comme ça, incarner quelqu’un de sérieux mais qui soit vraiment à côté de la plaque. Je trouve que c’est plus amusant à faire…peut être plus facile aussi, je ne sais pas…que de vouloir être un rigolo, parce que ce n’est pas vraiment ma nature profonde et je ne me sentirais pas forcément à ma place.

  • Avec quelle actrice aimerais-tu jouer ?

Ça va peut être paraître surprenant, parce que c’est une actrice qui n’est pas forcément dans des premiers rôles et qui n’est pas très très jolie, mais c’est une actrice que j’aime beaucoup, qui s’appelle Karine Viard. Parce que je trouve qu’elle a au moins l’avantage d’être extrêmement naturelle, elle a une espèce d’énergie qui porte beaucoup et ça doit être agréable de jouer face à elle, car elle doit nous entraîner dans cette espèce de puissance qu’elle a et ce caractère qui emporte tout avec elle. Et surtout ce truc qu’elle a très naturel. C’est vraiment une des actrices que je préfère en ce moment.que ce n’est pas vraiment ma nature profonde et je ne me sentirais pas forcément à ma place.

  • Il y a quelques années tu as composé un B.O., aimerais tu recommencer ? Que retiens tu de cette expérience ?

La première expérience de musique de films que j’ai eu n’était pas extrêmement concluante parce que c’était pour Jean-Pierre Mocky, un personnage un peu étrange, qui ne participait pas vraiment à l’élaboration de ce que devait être sa musique. Il ne savait pas trop me donner d’informations et je ramais beaucoup pour essayer de comprendre où il voulait en arriver. Et puis après, je n’ai pas eu d’autres demandes véritablement, parce que, je crois, que les équipes sont déjà formées. Un réalisateur qui démarre a bien souvent dans ses connaissances un musicien qui lui propose de s’occuper de la bande son, de l’illustration sonore et de la musique de son film. Et puis, je ne suis pas connu non plus pour avoir fait quelque chose dans ce domaine là, donc les gens n’ont pas le réflexe de venir me trouver et me demander de faire ce travail. C’est vrai que je serai toujours attiré par ce domaine là. Par contre, dans la mesure où je tomberais sur un réalisateur qui a envie de s’impliquer, qui donne de la matière, qui a envie de collaborer avec moi, et où on chercherait ensemble des voies un peu particulières qui permettraient à cette musique d’exister, d’avoir une vraie nécessité dans le film.
Je suis très ami avec Bruno Coulais, qui est un bon compositeur de musique de film. Généralement il a réussi à trouver des ambiances, surtout sur les orchestrations. Ce n’est pas forcément le meilleur mélodiste, mais c’est un type qui joue beaucoup sur les couleurs orchestrales et ça suffit amplement pour installer une atmosphère dans un film. Moi, je suis plus sensible à la mélodie, mais c’est un alliage des deux. Je me souviens par exemple de la musique du dernier film de Kubrick, où c’était juste des notes de piano…comme ça…très très répétitives, très étranges, mais ça permettait d’instaurer un climat tout à fait unique qui n’avait jamais été utilisé avant, alors que le piano est un instrument qu’on a l’habitude d’entendre…mais pas de cette manière là. Donc, la musique de film permet d’explorer des choses comme ça qui ne sont pas forcément utilisables pour une chanson ou autre chose.

Propos recueillis par M.R. et A.D.

Additional information