En novembre 2008, Alain Chamfort répondait à quelques questions au sujet de son spectacle : Chansons en trompe l'oeil

  • D’un point de vue technique, quelles ont été les difficultés rencontrées?


Des difficultés que nous avons relativement bien résolues. Nous travaillons dans un environnement économiquement modeste, nous faisons ça avec des petits moyens et ce parti pris est intéressant pour se tester à ce type de technologies sans pour autant avoir des moyens énormes, ce qui aurait permis des possibilités autres et peut être plus étonnantes, mais ce n’était pas le but. Le but était d’intégrer des éléments virtuels mais que le spectacle ne soit pas totalement pris par cette idée là. Je voulais que ce soit au service des chansons, que cela apporte un plus aux chansons, aux orchestrations et que cela permette de faire des duos. Je aurais bien voulu inviter chaque fois trois ou quatre personnes chaque soir mais c’est toujours un peu compliqué, alors que là, ils sont là, ils ont offert leur participation et c’est drôlement bien de leur part, je les ai toujours avec moi, c’est quand même top !

 

  • Pourquoi avoir choisi Pierre et Vincent pour t’accompagner ?


Je les trouve bien….La guitare est indispensable dans un accompagnement de chansons. A la base il y a toujours la guitare et le piano et en plus de la basse, des instruments rythmiques et éventuellement des orchestrations avec des cordes ou tout ce qu’on veut. Nous aurions pu nous dire : prenons un instrumentiste multifonctionnel, il se trouve que Vincent ne joue que de la guitare, mais il en joue très bien, alors ça me suffisait.

 

  • A la première de ce spectacle, il y a un an, il y avait des chansons supplémentaires. Comment as-tu choisi les titres à enlever ? Et par conséquent comment choisis tu les chansons que tu vas interpréter, leur ordre ?


Quand nous montons un spectacle, il y a deux options : soit nous faisons un spectacle pour les gens qui connaissent parfaitement bien ce que nous faisons, qui s’intéressent à nous. Si je faisais un jour un spectacle pour le site, c’est évident que j’aurai une programmation de chansons qui seraient totalement différente. En revanche, quand nous nous adressons à une public multiple, qui vient d’horizons divers, qui a accroché un jour sur Manureva ou une autre chanson, et qui n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre un peu mieux ce que je faisais, ou même de s’y intéresser, je ne peux pas leur faire ingurgiter comme ça des chansons trop spécifiques. Donc je fais un digest, un peu comme un best of des chansons qui sont passées à la radio, que les gens ont eu l’occasion d’entendre à un moment donné, afin que ce ne soit pas un spectacle pour spécialistes. C’est toujours la difficulté, car à chaque fois que nous contentons une partie, nous décevons l’autre. Si nous faisions un concert pour des gens très réceptifs, qui portent plus d’intérêt à mon travail, je ferai évidemment quelque chose de différent et ce n’est pas exclu que je le fasse un jour.
L’ordre est très aléatoire. Contrairement aux grands de ce métier, Johnny, Claude François, etc…, qui sont des gens qui ont appris que le métier fonctionnait ,paraît il, avec des règles- et je veux bien admettre qu’ils peuvent avoir raison, je n’en sais rien- donc cela signifie que nous devons faire une entrée en scène tonitruante et une sortie d’un même niveau, et le reste à la limite nous pouvons faire ce que l'on veut. C’est un peu le concept : tu arrives, il faut que la chanson de début soit énorme et la sortie énorme, le reste tu cases ce que tu veux à l’intérieur. Moi, je n’ai pas de quoi faire ça, donc j’essaie d’installer le rythme qui est en moi, qui est mon rythme personnel. Je prends ma place petit à petit, je prends mon temps  pour occuper le terrain. J’ai un tempo interne, un biorythme, qui est personnel auquel je dois m’adapter pour être en phase avec les autres. Je mets donc ce biorythme à la disposition de tout ce que je fais et notamment aussi d’un tour de chant et donc j’arrive, je ne dirais pas par la petite porte, car l’entrée avec le clip est assez réussie, mais après, lorsque j’arrive réellement, Amour année zéro, ce n’est pas une chanson qui explose mais c’est une mise en bouche intéressante et d’un seul coup on ouvre un univers. Ce n’est pas juste une chanson tubesque pour ouvrir et puis après…allez vous faire voir….

 

  • Un internaute demandait sur le forum si le fait d’être catalogué comme l’interprète de Manureva n’est pas décevant, quand on voit tous les beaux titres que comporte ton répertoire ?


Il vaut mieux être catalogué comme l’interprète de Manureva, que comme un rien du tout. Cette chanson je l’assume, elle me plaît, elle est réussie. C’est une belle chanson, elle a plu à un grand nombre de gens. Je suis vraiment très satisfait de ça. C’est un peu réducteur bien sûr, j’ai fait beaucoup de choses mais que veux-tu, on ne peut pas changer le comportement des gens. Ils ont leur vie, ils font beaucoup de choses plus intéressantes que d’écouter Alain Chamfort et c’est déjà bien qu’ils aient retenu cette chanson là et quelle leur ait plu. Après, même dans le spectacle, Manureva, nous la mettons en valeur parce que d’un seul coup, elle fait l’unanimité. Il y a quelque chose qui se passe à ce moment là, où on retrouve une sensation, un succès, un lien qui était très fort avec le public à ce moment là, dont je ne peux pas me passer. Au contraire, je remercie d’avoir eu Manureva dans ma vie.

 

  • N’y a-t-il pas une certaine lassitude à chanter toujours les mêmes titres au cours d’une tournée ?


Non. Je ne fais pas suffisamment de tournée, c’est un moment particulier. Il y a toujours un moment différent : un soir j’ai un trou de mémoire, un autre soir j’ai la voix qui éraille à un moment donné, etc… ça tient toujours un peu à un fil. Il n’y a pas deux concerts strictement identiques, ça n’existe pas. Surtout quand tu es quelqu’un comme moi, qui n'est pas du tout sûr techniquement de ce qu’il fait. J’aime bien aussi laisser les choses arriver comme ça avec la marge d’erreur que la vie apporte. Dans la vie, il y a des choses qu’on ne contrôle pas et je trouve qu’arriver sur scène et être dans un contrôle absolu de tout ce qui se passe, comme par exemple Madonna, c'est le genre de spectacle qui m'ennuie. Je laisse toujours arriver le tout possible et mes réactions aussi. Elles s’expriment telles qu’elles sont sur le moment, avec les erreurs que cela comporte et les commentaires que cela peut susciter après. Parfois, on me dit « Pourquoi as-tu dit ça ? ». J’ai dit ça parce que c’est sorti...voilà !

 

  • Dans ce spectacle, tu as des invités virtuels, y’en a-t-il  d’autres que tu aurais aimé avoir à tes côtés ?


Il y en a plein d’autres que j’aurais voulu avoir et que je ne désespère pas d’avoir, si ça les amuse de venir se joindre à moi. Pour l’instant, ce n’est pas prévu parce que cela redemanderait des investissements, cela prend du temps, de l’argent. Ludovic Martin est un tout jeune producteur, et cela lui coûte très cher de faire tout ça, donc pour le moment nous n’allons rien changer. Ce spectacle est réussi comme ça, il a ses défauts mais il est quand même vraiment réussi. J’ai envie que le maximum de gens le voit et ce ne sera qu’à partir de ce moment là que nous pourrons passer à autre chose ou que nous le revisiterons. Et puis après je ferai autre chose, je ne vais pas m’enfermer indéfiniment là-dedans.

 

  • Souvent après les concerts tu offres un peu de temps au public, est ce important pour toi?


Je trouve que c’est la moindre des choses. Quand les gens demande quelque chose en plus et que j’ai le temps de leur offrir, je le fais parce que je ne vois pas pourquoi je les priverai de ça. Moi, ça me demande un petit effort, je préférerai rentrer chez moi à certains moments, mais si ça doit durer une heure de plus et que ces gens ont fait aussi l’effort, ils sont venus, ils ont pris leur voiture, ils ont été dans le froid, acheté leur billet, ils sont là…C’est grâce à eux que je fais ce métier. Je leur dois un minimum de temps et de politesse.

 

Propos recueillis par A. D.

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